Lorsque je parle de mon travail, je dis aussi que je fais des allumettes dans les usines d'allumettes du monde entier.
Pourquoi des allumettes ? Parce que j’aime l’objet - allumette.
C'est le feu quand on le veut et le point de repère universel de l’objet qui fait une flamme.



Photomaton, Paris 1998




Voici la lettre écrite en septembre 98 au directeur des allumettes en France et qui ressemble à toutes les autres que j'ai pu rédiger par la suite :

Monsieur le Directeur,

Suite à ma conversation téléphonique avec votre assistante la semaine dernière, je me permets de vous soumettre un projet personnel et artistique qui me tient à cœur.
Diplômée de l’Ecole des Arts Décoratifs de Strasbourg avec les félicitations du jury du groupe Objet en Juin 1996, j’aime jouer et inventer et ma recherche s’articule toujours autour du besoin de la découverte qu’elle soit matérielle, mentale ou les deux.

Si je m’adresse à vous aujourd’hui c’est que je souhaiterais fabriquer une série limitée d’allumettes inédites à partir de morceaux de bois ou de cartons que je récolte pendant mes déplacements.
Ajouter un bout rouge à cette matière trouvée par terre peut paraître absurde, pourtant cela m’intéresse car l’allumette, objet universel, appartenant à chacun, toujours créée en grande série, devient une pièce unique, potentiellement utilisable en des instants sélectionnés et conservée une fois consumée pour son étrangeté.

Sans une aide de votre part, il me sera difficile de réaliser ce projet puisqu’il me faut l’accès ‘au bain des bouts rouges’. Est -il possible d’envisager pendant quelques jours (à préciser ensemble) que je vienne à l’usine tremper une par une mes futures allumettes ?
En vous souhaitant bonne réception de ce dossier, croyez monsieur, en mes sentiments les meilleurs.




Quelques jours plus tard, j'étais mise en relation avec le directeur technique de l'usine des allumettes de Saintines sur Oise pour y tremper un millier de bouts de bois.



ALLUMETTES EN FRANCE 1998
Usine de la SEITA à Saintines sur Oise



Commence alors mon travail avec les usines nationales des pays étrangers où je séjourne pour fabriquer avec des bouts de bois et de cartons trouvés par terre pendant mes déplacements mes séries limitées d'allumettes uniques.
J’aime marcher, voyager, trouver des objets par terre.
C’est mon travail d'artiste et ma manière de développer un système économique de vie poétique.
Mon besoin de mobilité et mon désir d'allumettes perdurent et avec,
l’idée de pouvoir faire le tour du monde avec...

ALLUMETTES EN ARGENTINE EN 1999

A Buenos-Aires je réalise quelques 200 pièces à la Compania Général de Fosforos Sud Americana S.A. avec des cartons trouvés dans la rue.


carton découpé et pâte de phosphore rouge, 9 x 12 cm


En 1999, j'installe 50 allumettes géantes sur un vrai camion de pompiers pour l'afficher en 4x3 mètres à la station de métro "Chateau d'eau" à Paris.


cf Expositions


ALLUMETTES AU VIETNAM - 2000
Usine de Diêm Thông Nhât d'Hanoï.
Fin 2OOO, j’arrive à Hanoï au Vietnam.
Les cartons de l’industrie abondent de tigres, de dragons, d’éléphants et autres symboles asiatiques.
Les bouts de bois sont en bambou.
Je vais à l’ambassade et demande la traduction de mon projet.
A l’usine, je suis reçue comme une invitée de marque.
On débauche Tuyet qui parle anglais et qui me traduira tout et m’assistera pendant la semaine. Grâce à elle, le contact est plus facile avec les ouvriers.
Ils posent pour moi le dernier jour contre les murs de l’usine avec mes allumettes.

Le directeur m’a dit en anglais que j’étais très sérieuse et qu’à chaque fois qu’il m’avait aperçue je travaillais beaucoup, que j’étais très concentrée. Je lui ai dit que mon intervention n’avait duré qu’une semaine. Que c’était sûrement pour ça.

ALLUMETTES AU MAROC
Janvier 2006
FOSFERA MARROQUI à Tétouan
avec l'aide de Younès Rahmoun, artiste vivant à Tétouan et grâce à l'usine qui m'acceuille (spéciale dédicace à madame Touria) je fais mes allumettes de la série marocaine



La pâte est bleue (j'adoooore le bleu) et s'enflamme sans grattoire !
Par mesure de sécurité, on me fait 4 kilos d'une pâte spéciale sans chlorate.



Le dernier jour, je fais poser les ouvriers, Younès et madame Touria...